Thibaut Derien est un flâneur. Un type qui marche, le nez au vent. Auteur, chanteur, photographe à ses heures, c’est comme ça qu’il écrit ses chansons, en marchant. « J’écris avec les pieds. » lance-t-il ; Thibaut a le sens de l’humour et la pudeur des écorchés qui se soignent. C’est un type qui se promène, au hasard, et qui attend qu’au fil des lieux et des rencontres, les chansons lui viennent. Quand elles sont là, il fait un album. C’est aussi simple que ça. Thibaut ne joue pas les vedettes, il aime bien trop la distance et la liberté pour ne pas se méfier des projecteurs. Ce « dandy malgré lui » se fout de sa carrière, à la ville comme à la scène, sur laquelle il brille néanmoins. « Monter sur scène, c’est comme arriver à une soirée où on ne connaît personne. » sourit-il. Il dit les choses simples, les textes clairs, les douleurs qui s’apaisent. Il prend la vie à la légère mais sa sensibilité le rattrape. C’est ce qui donne à son troisième album (le premier en solo), le comte d’Apothicaire, cette mélancolie lumineuse et ces joies un peu mauves. Thibaut s’inspire de choses banales. Il joue avec elles comme il joue avec les mots et bientôt, sous sa plume, se dessinent des doubles fonds. Le quotidien prend alors une profondeur qu’on ne lui connaissait pas. Cette façon singulière de regarder les choses leur donne une étrangeté. C’est un point de vue différent, poétique, un changement de focale qui renvoie à l’autre activité de Thibaut : la photographie. 

Le Comte d’Apothicaire est un album suspendu : un album hors du temps, ancien et moderne à la fois, un peu comme la bande son d’une bande dessinée de Schuiten et Peeters. Il a d’ailleurs été écrit à Bruxelles, cette ville si singulière où Thibaut a vécu ces dernières années. C’est aussi un album de nouveau monde, une ville d’immigrants de la fin du XIXème siècle avec son goût de melting pot, ses sonorités déracinées, ses parfums d’Italie ou d’Europe de l’est et son piano bastringue. Au détour d’une rue, on croise des artistes invités comme Clarika ou François Hadji-Lazaro. « J’avais envie de musiques de films » conclut Thibaut. Cette envie-là, il l’a confiée à son ami multi instrumentiste et chanteur Bertrand Louis pour qu’il la réalise. La complicité des deux personnages donne un album extrêmement cohérent, une œuvre mature, presque apaisée ; une musique pour ciel d’orage, après la pluie ; un type qui marche en sifflotant, avec toujours, en fond, le bruit léger du temps qui passe.


Eric La Blanche

Kiui / L'autre distribution (2010), en écoute ici

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                                      CD'Aujourd'hui / Le comte d'apothicaire (2010)

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                                       Le Farwest / Scopitone is not dead

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