De vieux textes, écrits par Thibaut Derien, sortis d’un tiroir par un ami, David Vallet. De cette rencontre entre mots et oreilles naissent des ébauches de morceaux, bidouillés entre quatre murs, une groovebox, un vieux micro et une voix. Une première maquette, artisanale, qui retourne à son tiroir, somnoler un peu, parce que le monde tourne vite et qu’elle a besoin de temps. C’est Olivier Legoupil, violoniste du groupe De Rien, qui retombe dessus un peu par hasard, et décide de la sortir de sa torpeur : il trouve un home-studio et des amis musiciens pour lui prêter vie, pour improviser à partir des musiques de David. A petits pas, de notes en notes, le projet Vasistas se monte, avec la lenteur des choses qui prennent le temps de mûrir, avec l’évidence de celles qui se doivent d’exister.

Vasistas… Un drôle de nom pour un album qui raconte le chemin d’errance d’un petit prince d’aujourd’hui, à la recherche d’un temps perdu, de ces jours de grisaille où l’on s’égare dans des bars sans fond, où l’on se dilue dans l’ivresse, jusqu’à s’oublier. S’attendre pour s’atteindre, comme un double de soi, quand écrire fait peser moins lourd. C’est cette lucarne vers hier où l’on se regarde déambuler, ce miroir sans tain où l’on se cherche, où l’on se croise parfois, dans la fumée d’une cigarette mal éteinte. Un voyage immobile.
Un univers qui grince des dents, qui sent la pluie d’automne, recouvert de ce mélange si attachant de mélancolie et de lucidité qui fait qu’on s’y laisse prendre. Ce petit prince là, qui chuchote comme on crie, témoin de nos contradictions, on le suit à la trace sur des trottoirs mouillés, nuits après nuits, de comptoirs en comptoirs, en équilibre sur ses désillusions… En tout cas on n’a rien vu venir, mais apprivoisés, on l’est…
Après l’écoute de Vasistas, on ne peut que nous aussi contempler la route comme une étoile…
Sombre et lumineux, venu de nulle part comme une évidence…


Nathalie Diacci

Vasistas / autoproduction (2004)

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